Actes du premier colloque international de l'association Verre et Histoire, Paris-La Défense / Versailles, 13-15 octobre 2005

Philippe LARDIN
Maître de conférences
Université de Rouen

Verre et verriers dans la construction normande à la fin du Moyen Âge

Le verre a été utilisé en Normandie dans la construction courante dès le milieu du xvie siècle et son usage n'a fait que s'amplifier ensuite. Les verrières se trouvaient non seulement dans les églises et les bâtiments officiels mais aussi, et de plus en plus, dans les maisons des particuliers. Cela s'est traduit par l'évolution des lieux de production et d'approvisionnement mais aussi par une transformation de la profession de verrier. Peu nombreux jusqu'au milieu du xve siècle, les verriers se sont multipliés partout jusque dans les villes moyennes et certains ont pu connaître une relative aisance surtout quand leurs compétence ou leurs qualités artistiques étaient reconnues.

Glass has been used in buildings since the middle of the 16th century and its use has increased progressively. Glass windows were found not only in churches but also in official buildings, and more and more in the houses of private individuals. Manufacturing sites and places of supply evolved just as much as the glassworker's profession. Scarce until the middle of the 15th century, glassworkers grow in number everywhere even in small towns, and some enjoyed a certain wealth when their know-how and artistic qualities were recognised.

L'utilisation du verre dans la construction courante est généralement considérée comme tardive. Pour Bernard Chevallier, la généralisation de son emploi serait même la principale transformation dans ce domaine au xvie siècle1. Les comptabilités dont on dispose semblent à première vue confirmer cette impression puisque le verre y apparaît avant tout dans les églises ou dans des lieux officiels où il sert à marquer le pouvoir du seigneur. Pourtant, la lecture des registres de tabellionage amène à nuancer quelque peu cette idée, même si la production de verre et, parallèlement, son utilisation se sont incontestablement développées dès le xvie siècle et surtout au cours du siècle suivant.

I. La production de verre

Comme pour la plupart des matériaux utilisés sur les chantiers en dehors de la pierre et du bois, l'origine du verre n'est presque jamais mentionnée dans les comptes. Toutefois, quelques indications succinctes et dispersées permettent de constater que plusieurs régions approvisionnaient le marché rouennais2.

Une verrerie produisant du verre plat était installée en 1302 à l'intérieur d'un manoir royal à la Haye du Neufmarché, proche de Bézu, dans la forêt de Lyons, mais elle fut victime d'un incendie à une date inconnue et c'est seulement en 1416 que les frères Robin et Jehan Guichart obtinrent du roi l'autorisation de la rétablir dans un autre lieu que celui où elle était précédemment, parce que le bois des alentours était totalement détruit3. On ignore si cette lettre royale fut suivie d'effet mais le fait est peu probable, étant donnée la situation militaire de la région et aucun document comptable ne nous renseigne sur ces verreries jusqu'aux dernières décennies du xve siècle.

Une autre verrerie existait peut être dans la forêt d'Eawy. En effet, en 1365, un certain Guillaume Brossart de Saint-Saëns s'engagea à livrer 16 fez (faix) de verre à voirre à un bourgeois de Rouen mais il n'est pas absolument certain, bien que cela soit très possible, qu'il s'agisse d'un verre produit sur place ou dans les environs4.

Enfin, au début du xve siècle, le verre utilisé à Rouen venait du Perche. En janvier 1402, Huet Bon, voiturier de Soullegny-en-Perche, reconnut devant les tabellions rouennais qu'il avait reçu 38 livres de Jehan Bertin, « verrier » du duc d'Alençon, lequel demeurait alors à Rouen. Cette somme ne lui était pas destinée mais devait être remise à Rogier la Chaux et Jaquemin Rogeau, maîtres de la verrerie de Feulles-en-Perche, au nom de qui le voiturier avait amené sept sommes de gros verre. Par ailleurs, en avril 1418, le « verrier » rouennais Richard Confez fit marché avec la ville pour emplir du mestier de voirrerie de verre du Perche 8 fourmes des 8 fenestres du berfroy avenc à chacune fourme un escu aux armes de la ville à ung chief de fleur de lie5.

Pendant l'occupation anglaise, les relations avec les verreries du Perche furent interrompues et on acheta désormais du verre fabriqué dans la vallée de la Bresle. En 1431, les besoins en verre de la fabrique de la cathédrale étaient devenus considérables puisque les chanoines avaient pris la décision de faire installer des verrières dans le chœur de l'église. C'est pourquoi on en acheta trois sommes et demie avec vingt-quatre pois (plats), à Michel Langlois de Foucarmont6. La fabrique continua à utiliser le verre de cette région après l'occupation anglaise et cela semble même avoir été, pendant quelque temps, la seule zone de production puisqu'en 1460, le receveur indiqua, sans autre précision, avoir acheté du verre à Jehan Cotelle, marchand de voirre, demourant à la verrerie7. En 1465, la fabrique acheta 30 sommes et 43 plats de verre blanc, à Raoullin le Franchoys et Collenet Brochart, verriers de la paroisse Saint-Martin-au-Bosc en la verrerie de Eu8. Les verriers de cette région étaient en relation financière avec ceux de Rouen qui les dominaient économiquement. En 1489, par exemple, le peintre-verrier rouennais Michel Trouvé, acheta une rente de 20 sous à Jehan de Hennoyer de la paroisse de Monceaux, près de la Roche-Guyon, ce qui signifie qu’il lui donna cette somme contre le paiement de 2 livres par an pour une durée en principe illimitée sauf en cas de rachat de la rente qui s’obtenait en rachetant celle-ci à son prix de vente, c'est-à-dire à 20 livres tournois9.

À une date difficile à préciser, la forêt de Lyons se remit également à fournir du verre. Au cours de l'occupation anglaise, il était en effet devenu pratiquement impossible de se procurer du verre aux alentours de Vernon et c'est seulement lors de la trêve de 1444 que les verrières du château royal de cette ville qui, de long temps n'avoient eu aucun rapareil, furent remises en état par le « verrier » rouennais Jehan de Senlis qui amena son propre verre10. Toutefois, en 1485, la fabrique de la cathédrale acheta deux sommes de verre blanc à Michel Vassal, marchand de voirre demourant en la paroisse de Fly, ou doyenné de Bray11. Les relations avec les verreries de cette région étaient sans doute assez régulières mais elles n'apparaissent pas souvent dans les sources parce que le verre était en général fourni par le "verrier" lui même. Comme pour plusieurs autres matériaux, il devait y avoir d'étroites relations entre les artisans rouennais et les verriers de la campagne. Michel Trouvé de la paroisse Saint-Maclou, qui eut à Rouen, comme on le verra plus loin, une intense activité comme vitrier dans les années 1480, était originaire du Chief de l'Eaue, près de Buchy et on peut supposer qu'il avait gardé des relations avec les verriers de la forêt de Lyons voisine, et notamment avec ceux de Fly, à une dizaine de kilomètres de là12. Par ailleurs, en 1490, la verrerie de la Haye du Neufmarché qui s'était apparemment remise à fonctionner, obtint du roi Charles VIII, l'autorisation de prendre du bois aux alentours. Ces verreries se développèrent régulièrement ensuite et vendirent leur production, non seulement en Normandie, mais également dans la région parisienne13. Au cours de cette période, les verreries devinrent des entreprises importantes installées dans des clairières assez vastes comme à la Haye du Neufmarché, dans la forêt de Lyons, ou à Saint-Martin-au-Bosc, dans la forêt d'Eu, qui profitaient de l'augmentation de la demande, à Dieppe et Eu d'une part, et à Rouen et même Paris, d'autre part, ce qui procurait de très importants profits aux fabricants de verre. Lorsque Pierre Jourdain, maistre de la verrerie de Lyons, mourut en 1482, sa veuve versa la somme considérable de 600 livres aux chapelains du collège de la Commune de la cathédrale pour la fondation de messes et de sonneries de cloches pour le salut du défunt14.

Par contre, contrairement à ce qui été écrit et plusieurs fois repris, même si la ville de Rouen jouait un rôle essentiel dans le commerce de redistribution du verre15. Il n’y eut jamais de verrerie à Rouen et l’idée selon laquelle, au moment de la reconstruction qui suivit l'occupation anglaise, une fabrique de verre blanc et colorié appartenant à un certain Germain Turgis, connu par ailleurs comme bourgeois de Rouen, aurait existé à Rouen en 1462 provient d’une lecture hâtive et erronées des sources16.


  • 1.  Chevallier B., 1983, Les bonnes villes de France, Paris, p. 189.  ↑
  • 2.  Selon Philippe M., juillet 1992 « Chantier ou atelier: aspects de la verrerie normande aux xive et xve siècles », Annales de Normandie, n° 2, p. 239-257, il y avait deux grandes zones d'implantation des verreries en Normandie, l'une au Nord entre Bresle et Seine, jusqu'à l'Epte à l'Est et l'autre entre Caen, Alençon et Évreux. On trouvait apparemment aussi des verreries urbaines à Rouen et Lillebonne ou dans leur périphérie, au Lihut et peut-être Campdos.  ↑
  • 3.  Le Vaillant de la Fieffe O., 1873, Les verreries de Normandie, Rouen, rééd. Luneray, 1871, p. 3 et Appendice n° 1, p. 491-492 ; Barrelet J., 1953, La verrerie en France de l’époque gallo-romaine à nos jours, Paris, p. 46-47 ; Lafond J., 1er trimestre 1968, « La prétendue invention du plat de verre et les familles de grosse verrerie en Normandie », Revue des Sociétés savantes de Normandie, n° 49, p. 28-29.  ↑
  • 4.  Arch. dép. Seine-Maritime, 2E1/151, 21 février 1365 (n.s.).  ↑
  • 5.  Archives mun. de Rouen, A4, fol. 66.  ↑
  • 6.  Arch. dép. Seine-Maritime G 2489, fol. 17. Michel Langlois n'était peut-être qu'un marchand car la verrerie était installée à Saint-Martin-au-Bosc et avait commencé son activité en 1429.  ↑
  • 7.   Arch. dép. Seine-Maritime, G 2493, fol. 59v.  ↑
  • 8.   Arch. dép. Seine-Maritime, G 2500bis, fol. 88.  ↑
  • 9.   Arch. dép. Seine-Maritime, p>E1/151,212, 1, p.&nbntent=drr;  ↑
  • 9. &html. nat.age en FrMF 26073 [5098]bsp;88.  ↑
  • 1. nbsp; Arch. dép. Seine-Maritime, G&n11en, A4, fol.&5p>  ↑
  • 2.   Arch. dép. Seine-Maritime, p>E191 (16p;novePeu uen e,>Revubrelaty cgp;Lsidértab3servis soLabee lieu que cel’iqu'il avprlaty mploi ssusceptimpossib’irtde preitre dale="R.nesbglass l, Lion dil était en tsans versucce imprele-ca/HTMLdernycumenient savanttroiséeschy et on peut supposer x, il d mais peut-02 àerriodeorigioduit sur autre agne. Michel Trnnais et les vesp;59v.  ↑
  • 3.   Le Vaillant de la Fieffe&nbsop;49, p.cisuivabbr>uctit Fieffe3.p;3 et App/span2nbsp;1, p.&n2sp;3p>La verse à fonil étcoà vitsup6.sIbiduivabbr>Paris, p.&2uement534,ormais du v survoir acaduit clou, assart de De="s.&htquearreletC.e 1968, «&e etral de Au cout des matéttent dera productit clou, assart de De="s.&e aux xive-s le xvie siècles&nbseitreBenoîarreletP.nchoy aux earreletOnbsp;B5bsp;»,   ↑
  • 4.   Arch. dép. Seine-Maritime, p>E106rit0 qu'anné2r 1365 (n.s.).  ↑
  • 5. ement.14n 1489, par exemple, le verre utitrier dant les bâtins leéttellon, Caudqui s'évait a mun. de.&html. nat.age en FrPOis, p.&01sp;Donà ms n [4]bsp;88.  ↑
  • 6.  L't l’vrofitaieichel La  34,op;», , Rènes Delse in68, «&.-Rnbsp;B2bsp;»,   ↑

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